Reportage sur Stéphan Graff, l'artiste du recycling
Date : 2000 - Magazine 02 - Artistes
Pour démarrer une oeuvre, certains artistes placent sur leur chevalet une toile immaculée, préparent une tasse de thé puis sélectionnent une sonate de Mozart. Stéphan Graff quant à lui, jette une télé du deuxième étage, se précipite marteau en main sur les débris et branche la techno... portrait d'un artiste qui s'éclate.
Thérapie à l'américaine
Stéphan Graff s'est découvert une passion pour l'art du recycling alors qu'il vivait aux états-Unis. Là bas, ses amis avaient l'habitude d'organiser des "smashing party*" (traduisez "fête fracassante") pour briser l'ennui et donner du relief à leurs soirées. Pour ces enfants du pop art, le jeu consistait à réunir un maximum d'appareils domestiques en bout de course, puis à les exploser à coups de marteaux ou de battes de base-ball. Les jeunes filles sages et les garçons timides se muaient ainsi, le temps d'un verre brisé, en de véritables barbares enragés, sans foi ni Surmoi, ajoutant ainsi au divertissement un zeste de thérapie, car aux états-Unis le défoulement bien canalisé est reconnu d'utilité publique.
L'art en liberté
En observant de près les entrailles des ordinateurs, des sèches cheveux, des ventilateurs et autres grille-pain, Stéphan Graff s'est soudain pris d'affection pour tous ces composants invisibles si riches en formes et en couleurs. Notre français, maître d'hôtel dans le civil, s'est mis ainsi à créer des scènes de vie, et des villes futuristes en collant sur des panneaux des bouts de circuits imprimés, des disques durs éventrés et des réseaux de câbles entortillés. La première intention de Stéphan n'était pas de créer des oeuvres d'art. Mais devant le succès rencontré par ses créations, l'artiste improvisé s'est mis à travailler de plus en plus souvent et sur des formats de plus en plus grands, en conservant cependant la même idée fixe: d'abord se faire plaisir.
L'atelier sauvage
Pour réaliser ces oeuvres de récup'Art, Stéphan n'hésite pas à mélanger tous les matériaux et à combiner toutes les techniques. Pour ses maquettes de villes, il utilise des palettes de Pepsi. Pour les petits formats, une porte de placard ou un cadre de télé font aussi bien l'affaire. Après le collage des composants électroniques, Stéphan peint directement sur le support et les pièces pour représenter: des routes, des lacs, des fontaines ou des décors de nature improbables. Pour réaliser des effets de matière particuliers, Stéphan prépare le support avec du gesso, ou de la colle à bois enduite de sciure ou de limaille de fer.
Des oeuvres meublantes
Par un paradoxal retour de destin, les appareils sacrifiés lors des smashing-party retrouvent dans les mains de Stéphan une vie domestique. L'artiste réalise en effet des tables basses, des lampes, des étagères ou des petits meubles qui associent l'humour, le fantastique... et l'utile !
Supports improvisés
Ce goût pour l'expérimentation et le détournement d'objet a donné à Stéphan l'envie de peindre sur tous types de supports. Il réalise ainsi des toiles sur du feutre de billard (enduit de gesso) sur du Plexiglas, des rideaux de douche ou encore des supports métalliques.
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