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Lyra : la plus ancienne fabrique de crayons de Nuremberg
Date : 05/2005 - Magazine 11 - Rubriques Grandes marques / Arts graphiques

La ville bavaroise de Nuremberg est le berceau des plus célébres fabricants de crayons : Lyra, Faber Castell, Staedtler et Schwann Stabilo. Lyra a été créé en 1806 dans un contexte historique décisif pour Nuremberg. La ville alors impériale est intégrée au nouveau royaume de Baviére, ce qui entraîne une libéralisation du commerce et de l'industrie favorable à la création d'entreprise.

L'instigateur de ce bouleversement n'est autre que Napoléon, dont la victoire militaire d'Austerlitz et les cessions de la Vénétie et la Baviére par François II ont indirectement profitées à Johann Frœscheis, fondateur de Lyra. Ce dernier reprend en 1806 une fabrique créée en 1774 pour lancer la fabrication de crayons graphite.

Exmple de réalisation à la gouache avec Ulrich Lassek

Une marque ancestrale

Le succés de Lyra va crescendo et Georges Andréas Frœscheis prend la succession de son pére en 1848. La lyre, embléme de l'entreprise, est enregistrée comme marque de fabrique en 1868 pour affirmer la qualité des produits. Lyra devient par la même occasion la plus ancienne marque de crayon graphite.

La notoriété internationale

A partir de 1860, la fabrication artisanale laisse progressivement place à une production industrielle avec des machines à vapeur. Johannes Grosser devient le propriétaire de Lyra en 1878 et ouvre à la marque les portes du marché mondial en créant des filiales dans de nombreux pays. La gamme de crayons Lyra Orlow est lancée en 1895 avec un succés retentissant. Lyra se développe jusqu'à devenir l'une des plus importantes fabriques de crayons du monde. en 1900, l'usine compte plus de 500 employés et fabrique environ 53 millions de crayons et 120 millions de mines par an. La marque conquiert les marchés mondiaux et une fabrique est créée à Milan en 1932. L'usine de Nottingham voit le jour en 1991.

180 ans de prestige

La fabrique Lyra de Nüremberg est détruite pendant la 2éme guerre mondiale. Wilhelm Kœrper, qui en avait pris la direction en 1927, entreprend la reconstruction de l'usine. Le projet est poursuivi par son fils Friedl Blaul. Juste aprés avoir célébré ses 180 ans, en 1954 Lyra déménage dans une nouvelle unité de production à Nüremberg-Gebersdorf, le siége actuel. A la même période, Lyra acquiert une usine à Geussnitz (ex-RDA). Depuis 1984, Werner Kring préside aux destinées de la plus ancienne fabrique de crayons de Nuremberg, qui fêtera ses 200 ans l'année prochaine. Les 2 illustres fabricants de crayons que sont Lyra et Faber Castell se livrent à une " concurrence cordiale " qui a parfois les allures d'une étroite collaboration : les deux entreprises résolvent ensemble des problématiques de fabrication et, selon une anecdote, on aurait parfois trouvé des crayons Lyra dans les coffrets Faber Castell.

Le crayon de couleur : importance cruciale des pigments

La mine d'un crayon de couleur est fabriquée avec des pigments de couleurs, de la cire, des liants, qui créent l'amalgame et assurent la résistance, et des matiéres de charge minérales telles que le talc ou le kaolin (broyé finement, matiére également utilisée dans l'industrie de production du verre). La qualité de la mine dépend de la finesse des différents composants mais aussi de la quantité et de la fiabilité des pigments. Pour la fabrication du crayon Rembrandt Polycolor, 100 kg de matiéres premiéres permettent de produire 12 000 crayons. Une forte proportion de pigments garantit une excellente qualité de la mine et un coup de crayon intense. Le mélange des différents ingrédients dans un malaxeur forme une pâte homogéne qui va être divisée en mines grâce à une extrudeuse et coupée à la longueur voulue. Les mines sont séchées à environ 90°. A l'inverse des mines en graphite, qui passent par une étape de cuisson, les mines de couleur sont séchées dans une étuve puis plongées dans un bain de cire à 115°, ce qui accentue la qualité chromatique de la mine et lui permet de mieux glisser sur le support.


Le bois un élément essentiel du crayon

Les planchettes de bois qui constituent les crayons à papier et de couleur sont en bois de cédre de Californie. Aprés cela, les mines sont enduites de colle pour être placées dans des planchettes en cédre rainurées.

Une seconde planchette aux rainures identiques est appliquée par pression mécanique sur la premiére planchette, si bien qu'un " sandwich " de bois et de mine se forme, jusqu'à ce que la colle séche. La surface extérieure des planchettes est alors traitée puis celles-ci sont coupées en plusieurs crayons bruts (nombre par planchette variable selon le diamétre voulu). La couleur, la solidité et la longueur de la mine ainsi que la qualité du bois sont contrôlés à toutes les étapes.

La fabrication de la mine graphite

La mine d'un crayon à papier se compose de 2 éléments : le graphite, qui donne la coloration, et l'argile, qui sert de liant et conditionne la solidité de la mine. La proportion de mélange de ces deux éléments déterminera le degré de dureté de la mine. Plus la quantité de graphite est importante, plus la mine est tendre. Les deux matiéres sont finement moulues puis mélangées. La finesse du broyage et l'homogénéité du mélange sont des critéres de qualités décisifs pour obtenir un crayon satisfaisant.

Le graphite finement broyé et l'argile sont mélangés à de l'eau dans un malaxeur jusqu'à obtention d'une pâte fine et homogéne. Les mines sont formées à base de cette pâte par le biais d'une extrudeuse et coupées à la longueur souhaitée. Ce n'est qu'aprés une phase de cuisson à 1200 °C que la mine revêt sa consistance finale.

La touche finale

La finition peut alors s'opérer : les " tubes " bruts sont taillés, peints et vernis. Les arêtes sont polies pour être arrondies. Un marquage à chaud est enfin réalisé par un bloc gravé qui vient frapper une feuille de papier doré ou argenté trés fin qui reporte lui-même la marque sur le crayon. Les crayons sont testés par des artistes qui livrent leur verdict sur les couleurs et la consistance de la mine.

Exmple de réalisation à la gouache avec Ulrich Lassek
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