Le fusain
Date : 05/2005 - Magazine 11 - Rubrique Arts graphiques
Le fusain est un charbon végétal obtenu à partir de l'arbre du même nom, voire du saule, du tilleul ou du noyer. Il est un des instruments de dessin les plus anciens de l'histoire de l'humanité En effet, des dessins au fusain datant de la préhistoire ont été découverts dans les parois intérieures de cavernes. La nuance du fusain sur le papier dépend du rameau et de son épaisseur. Matériau friable et difficile à conserver, le fusain est néanmoins propice à la réalisation de croquis sur le vif et de grands formats.
Trés répandu dans les ateliers vénitiens, florentins et romains au 16éme siécle, l'art du fusain affirme alors le dessin comme discipline à part entiére. Les artistes l'apprécient aujourd'hui pour des esquisses rapides et une analyse fine du dessin avant la peinture. De plus, le fusain est facile à estomper. Il se présente soit sous forme de bâtonnets carrés ou cylindriques (épaisseur de 5 mm à 2 cm), soit en crayon, et donc protégé par un corps en bois. Le crayon fusain est plus difficile à estomper que le bâtonnet.
Le dessin au fusain ne nécessite aucune préparation particuliére. Le fusain est remarquable pour les études sur grands formats. Les fabricants proposent des fusains reconstitués, qui ont la particularité de donner un noir profond. Les fusains naturels ont une teinte plus bleutée. Il est conseillé de protéger votre dessin au fusain avec un fixatif car les traits peuvent s'estomper si vous frottez accidentellement le dessin.
Quel support pour le fusain ?
Le fusain dépose une poudre et la surface du papier doit donc présenter un grain marqué pour accrocher les particules. Le papier Ingres est donc, avec sa structure vergée, un support idéal pour le fusain. Le papier kraft, le papier artisanal (Himalaya, Japon, Chine ou Mexique) et le papier de couleur sont également intéressants. De plus, le trait de fusain est facile à effacer et à estomper : vous pouvez effectuer des allégements en gommant les particules de fusain pour faire ressortir le blanc du papier.
Un papier de couleur vous permettra de jouer sur les tonalités du fusain et d'apporter des rehauts intenses.
Le portrait au fusain vu par Marie Amélie Germain
Le dessin et la peinture sont pour Marie-Amélie Germain basés sur l'écoute des sujets qui l'entourent. A la mine de plomb, au fusain ou à la peinture à l'huile, ses créations pleines de sensibilité et d'intensité captent une intimité, rendent l'anodin essentiel. L'ombre et la lumiére sont les pierres angulaires de son expression. Les œuvres de Marie-Amélie Germain ont pu être admirées à Paris, Strasbourg, Lyon, Francfort, Cologne et Genéve entre autres.
Trouver les valeurs tonales, et les lumiéres
Avant de commencer à dessiner au fusain, il est trés important de trouver une gamme de valeurs du plus sombre au plus clair. En effet, on doit trouver 10 valeurs tonales différentes dans le dessin, du noir le plus intense jusqu'au blanc. Le dessin au fusain est également un travail d'ombres et de lumiéres. Il est difficile de commencer sans avoir repéré les lumiéres principales.
Le fusain se tient entre le pouce et l'index, mais pas comme un crayon. Il permet de travailler en trait ou en masse. Un seul geste permet d'obtenir un trait fin ou trés lourd.
La préparation du portrait
Le modéle ne doit pas bouger et repérer un point fixe dans le dos de l'artiste. Ainsi, il pourra retrouver sa pose s'il bouge malencontreusement au cours de la réalisation. M.-A. Germain commence par une ligne souple et claire pour dessiner un ovale. Elle dessine une croix à l'intérieur de cette forme ovale pour bien fixer la position du visage. La ligne des yeux et celle du nez donnent les premiers repéres.
L'importance des lumiéres
Il est indispensable de repérer les ombres, le noir le plus noir, et les lumiéres, à savoir le blanc le plus blanc. Les yeux sont une des parties les plus profondes du squelette : la lumiére tape sur les volumes car les orbites sont dans l'ombre. Lorsque Marie-Amélie trouve ces valeurs extrêmes, elle peut les décliner pour trouver les valeurs intermédiaires. D'une maniére générale, la lévre inférieure et les yeux attrapent plus de lumiére.
Un calcul permanent des rapports
Pour dessiner un portrait, l'artiste doit toujours avoir à l'esprit les rapports entre les parties du visage. Les yeux sont souvent le point de départ de la réalisation d'un portrait. Grâce à eux, l'artiste calcule la hauteur du nez, puis la hauteur de la bouche par rapport au nez, et ainsi de suite.
La gomme mie de pain est idéale pour rectifier certaines imperfections. L'artiste navigue constamment d'un élément à un autre pour trouver les rapports justes : il ne faut jamais se cantonner à une partie, à un détail, mais toujours penser à l'ensemble du dessin.
Eviter la déformation optique
Marie-Amélie Germain travaille sur un plan incliné pour éviter la déformation optique. De plus, elle utilise un miroir, qui donne une distanciation intéressante pour corriger certains détails. Beaucoup de sculpteurs utilisent un miroir pour profiter de cette distance.