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La xylographie par Jean-Marcel Bertrand
Date : 05/2006 - Magazine 13 - Rubriques Modelage & Impression / Artistes

étymologiquement, le terme xylographie évoque la gravure sur bois. Matière première déterminante, le bois va être évidé à l'aide de gouges et de ciseaux pour "épargner" - d'où le terme "taille d'épargne" - le dessin final en positif. Le relief du bois s'emploie alors comme un tampon encreur, les trames de gris étant données par les différents motifs, hachures et points, gravés dans la matière.

La gravure en relief est encrée au rouleau, puis imprimée. Les parties en relief restent noires, tandis que les parties gravées restent blanches et les parties intermédiaires en demi-teintes. Pour les xylographies en couleur, le graveur utilise autant de matrices (bois gravé) que de couleurs prévues, ou une matrice avec des impressions successives.

La fibre du bois elle-même va jouer un rôle déterminant sur le rendu final, car du XVIe au XVIIIe siècle, on employait exclusivement du bois de fil, obtenu en coupant le bois dans le sens de la hauteur de l'arbre. Le graveur sélectionne du bois dur : noyer, cerisier, etc. La fibre de bois oriente son geste, les courbes étant difficiles à réaliser et le trait devant avoir au minimum 1 mm d'épaisseur.

Le xylographe reporte son dessin sur le bois, détoure et isole les lignes à l'aide d'un canif ou d'un couteau, en maintenant la lame inclinée vers l'extérieur. Il effectue ensuite une contrecoupe en inclinant le couteau dans le sens inverse, et détache un copeau triangulaire. Le dessin apparaît isolé, de profil, et le relief présente une base plus large.

Dès le XIVème, siècle, l'Allemagne et la Flandre se spécialisent dans la xylographie pour fabriquer des images pieuses et des cartes à jouer. Les livres xylographiques apparaissent également à cette époque.

Au cours de cette période, la xylographie se développe essentiellement à travers la typographie et l'illustration des textes de l'époque. Néanmoins, les besoins évoluant et le bois de fil manquant de finesse, un ornithologue britannique développa, au XVIIIe siècle, dans toute l'Europe, une technique venue d'Extrême Orient, qui consiste à utiliser une coupe transversale du bois. Avec le bois de bout, provenant surtout du buis, seuls la main et l'outil influent sur le rendu final, ce qui permet des travaux d'une grande précision. La xylographie venait de prendre un nouveau tournant dans l'Histoire de l'Art.


A Eaubonne, charmante petite commune aux portes de Paris, rencontre avec Jean-Marcel Bertrand, un des derniers xylographes contemporains.

à leur apparition, toutes les techniques de gravure répondaient à des besoins économiques particuliers. à présent remplacées par des procédés plus modernes, elles subsistent grâce à certains irréductibles passionnés comme Jean-Marcel Bertrand, qui perpétue un art qui marqua l'histoire. Meilleur Ouvrier de France, professeur à l'école Estienne, on le retrouve au Salon d'Automne, à l'Institut de Paris et à travers toute l'Europe, en tant qu'exposant et bien souvent comme organisateur. Aujourd'hui connu et reconnu par la profession, son chemin est étroitement lié à celui d'un artiste américain, croisé il y a près de trente ans lors d'une exposition en Corrèze. "Ce fut un véritable rencontre. [ ... ] Son travail correspondait exactement avec ce que j'avais envie de faire". Muni de quelques outils de base, Jean-Marcel Bertrand consacre tout son temps libre à la gravure. "En fait, il ne s'agit pas d'avoir toute une batterie d'outils ! Moi je travaille essentiellement avec une onglette pour les pleins et déliés, un burin à retouche pour les points très fins, un outil de teinte pour les traits et points réguliers et deux échoppes, ronde et plate, pour défoncer des fonds complets". à force de détermination, de minutie et d'ingéniosité, il atteint rapidement une main sûre dans les moindres détails et une aisance toute particulière dans le rendu de la lumière. "Ce qui est impressionnant dans la gravure c'est qu'on peut avoir une lumière extraordinaire avec des noirs très profonds. [ ... ] Et puis y'a la matière 1.» Très précieuses, les quelques pièces de buis, poirier ou autres citronniers, sont jalousement conservées au sec dans son petit atelier. Ces arbres au bois dur et très dense ont souvent un développement très lent, parfois plusieurs centaines d'années pour un diamètre qui n'excède guère 30 cm ! D'où la nécessité de constituer des planches en assemblant plusieurs morceaux pour les sujets de grands formats.

Entre les mains de l'artiste, la planche devient paysage imaginaire ou portrait d'antan. Mais ce n'est qu'après son passage dans la presse à épreuve que se révèle toute la complexité de la composition. Homme de défi, Jean-Marcel Bertrand aime repousser ses limites tout en respectant celles de ses matériaux. Homme de partage, il sait transmettre sa passion avec amour et simplicité. Alors, si vos pas vous mènent jusqu'à Eaubonne, peut-être ferez-vous, aussi, une rencontre qui marquera votre histoire ...

Bibliographie de l'artiste :

La Gravure Contemporaine - Marie-Janine SOLVIT - éd. BUCHET 1 CHASTEL
La Gravure sur bois au XIX' siècle - L'âge du bois debout - Rémi BLACHON
An Engraver's Globe - Simon BRETT - éd. Primerose Hill Press

Fleur Ettwiller

Jean-Marcel BERTRAND -3 bis, rue de Montmorency
95600 EAUBONNE

La xylographie par Jean-Marcel Bertrand

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