La sanguine, instrument privilégié pour le portrait et le nu
Date : 05/2005 - Magazine 11 - Rubrique Arts graphiques
Composée d'oxydes de fer et de pigments naturels, la sanguine se présente sous forme de bâtonnet carré, cylindrique - taillé en pointe à l'extrémité - ou sous forme de crayon. Pour ce qui est du crayon sanguine, la mine est fabriquée à base d'argile, de liants et gainée de bois. La cuisson détermine le degré de dureté de la mine. Une légére cuisson confére au bâtonnet de sanguine une dureté qui lui évite de se casser trop facilement lors de l'application. La teinte de la sanguine varie de l'ocre rouge au rouge intense en fonction de la quantité de terre, d'oxyde de fer et de craie, mais aussi de la cuisson.
La sanguine fut d'abord utilisée pour préparer des fresques : l'artiste dessinait directement sur l'enduit du mur. Elle devint une technique de dessin à part entiére vers la fin du XIVéme siécle. La luminosité de la sanguine et son réalisme pour la représentation du corps humain étaient trés appréciés, notamment Michel-Ange et Léonard de Vinci. Watteau la combina au XVIIIéme siécle à la pierre noire et la craie blanche pour la fameuse technique de dessin "aux 3 crayons" : pour un portrait ou un corps, les contours sont dessinés à la pierre noire tandis que les couleurs, les formes, les mouvements et clairs-obscurs résultent des mélanges des 3 crayons. D'une maniére générale, les rehauts de craie blanche sur des dessins à la sanguine soulignent les lumiéres offrent de superbes effets de volume.
L'atelier de Marie-Amélie Germain : le plaisir avant tout
Ouvert aux adultes, adolescents et enfants de tous niveaux, l'atelier de l'artiste Marie-Amélie Germain propose quotidiennement des cours d'aquarelle, d'huile, de dessin et de techniques mixtes.
En effet, l'atelier s'adresse à un public adulte en quête d'expressions et de réalisation personnelles, mais aussi à un public jeune désirant s'initier aux arts plastiques tout en développant son imaginaire et sa créativité à travers différents modes d'expression.
Sans être une école ni un centre d'animation, il propose des interventions où le savoir-faire, l'apprentissage et la sensibilisation sont mis en exergue. Le moteur des éléves doit être le plaisir. Le travail en groupe crée des émulations et donne un rythme intéressant aux créations. L'observation, permettant de développer la faculté de perception des ombres, des lumiéres, des valeurs et des couleurs, est une étape de préparation décisive à laquelle les éléves sont invités à consacrer le maximum d'énergie et de concentration. La mise en œuvre des techniques séches et picturales donne lieu à une approche variée des sujets, le tout au service de la sensibilité de chacun.
Marie-Amélie Germain nous a fait l'honneur de nous accueillir pour une étude du nu à la sanguine et� à la gomme Matériel utilisé : papier à dessin blanc classique, sanguine, gomme blanche, chiffon La séance consiste à poser un fond à la sanguine et à dessiner le nu en utilisant une gomme blanche.
Les éléves utilisent donc la face plate du bâtonnet pour tracer le fond, puis un chiffon pour bien étaler la matiére et uniformiser l'aplat.
L'observation est la clé de l'étude du nu
Marie-Amélie Germain invite ensuite ses éléves à bien observer le modéle, surtout les lumiéres et les lignes directrices. Ils ne doivent pas s'attacher aux détails du corps mais voir plutôt des taches de lumiéres et des formes simples. Tout passe par le modéle et une observation avec les yeux plissés permet de dégager les lignes fortes et de mieux percevoir les lumiéres. La vision du modéle peut en fait être réduite à 2 zones : une zone de lumiére et une zone d'ombre.
Pour réussir le dessin d'un modéle nu, il est essentiel de bien appréhender la structure du corps et de respecter les proportions. Les positions du bassin et des épaules sont des repéres importants. Par ailleurs, un modéle debout est plus facile à dessiner qu'un modéle assis ou couché car le probléme du raccourci ne se pose pas et il n'est pas nécessaire d'utiliser la perspective pour traduire l'échelle relative des parties du corps.
Les proportions du corps humain
Les recherches anatomiques de Léonard de Vinci au 15éme siécle ont été décisives et fondatrices pour la représentation réaliste du corps humain. La hauteur d'un adulte est estimée à environ 7 fois et demie la hauteur de la tête. Les proportions des enfants sont différentes. En effet, leur tête est plus grosse et leurs jambes plus courtes. La tête d'un bébé représente un quart de sa stature.
Dessiner avec la gomme
Les éléves utilisent une gomme blanche classique ou une gomme mie de pain pour dessiner le nu dans le fond sanguine. Tout d'abord, il faut éviter de passer de larges coups de gomme pour ne pas perdre les détails et les contrastes. L'arête de la gomme classique permet un travail précis, mais il faut qu'elle soit parfaitement blanche pour effacer nettement la couleur et bien faire ressortir le blanc du papier. Trés malléable, la gomme mie de pain peut être modelée en pointe pour réaliser des lignes fines et des détails La gomme élimine la sanguine aux endroits voulus pour suggérer des formes et des lumiéres.
Rehausser les lignes fortes avec la craie sanguine blanche ou noire
La craie est utilisée pour accentuer les zones sombres, les lignes directrices et les contrastes. L'arête de la craie doit être utilisée pour les lignes fines. Dans cette optique, la craie blanche est trés intéressante, notamment lorsqu'on travaille sur un fond noir. Là encore, il faut absolument éviter de perdre trop d'énergie et de concentration sur les détails et dégager les formes les plus simples. Le ton le plus clair étant le blanc du papier, les rehauts à la craie blanche introduisent une autre nuance et soulignent les contours et la profondeur du modéle sur le plan en 2 dimensions qu'est la feuille de papier. La craie noire est, de même que la craie sanguine elle-même, parfaite pour représenter les ombres.