La gravure en creux ou 'taille-douce'
Date : 11/2003 - Magazine 08 - Rubrique Modelage & impression
L'apparition de la taille-douce
Le XVéme siécle marqua l'avénement d'une nouvelle technique de gravure. En effet, la gravure en creux sur métal, notamment sur cuivre et sur zinc, devint un mode d'expression artistique trés prisé qui supplanta la gravure sur bois. Il s'agit cette fois de graver le motif sur le métal, notamment du cuivre ou du zinc, avec une pointe séche ou un burin. L'encre appliquée sur la planche de métal est retenue par les sillons, si bien que le papier pénétre dans les sillons et absorbe l'encre sous l'effet de la presse. Le pionnier de l'estampe en creux à la pointe séche et au burin fut le peintre et graveur alsacien Martin Schongauer à la fin du XVéme siécle. Il mit en exergue la subtilité de cette technique et ses gravures firent florés en Europe. L'éclosion de la taille-douce en Italie fut initiée par les orfévres toscans, puis par des graveurs florentins dans l'entourage de Botticelli.
L'œuvre d'Albrecht Dürer est là encore comme une merveilleuse expression de cette technique. Outre ses créations trés célébres sur bois, Dürer, en suivant la voie tracée par Martin Schongauer, porta la gravure sur cuivre au pinacle. Il explora toutes les facettes de cette technique et réalisa une myriade de gravures dont la portée fut universelle. Dürer s'imposa incontestablement comme le plus grand graveur de son époque.
L'eau-forte : subtile déclinaison de la gravure en creux
La technique de l'eau-forte apparut quant à elle au début du XVIéme siécle. Ce procédé " indirect " consiste à obtenir la gravure sur métal non plus en creusant directement à l'aide d'un outil mais en plongeant la plaque dans un bain d'acide en vue d'une " morsure sélective ". C'est l'acide qui endosser le rôle de la pointe séche et du burin. La plaque de métal est recouverte d'un vernis destiné à la protéger contre l'acide. L'artiste grave son dessin sur le vernis à l'aide d'une pointe en évitant soigneusement de toucher le métal. L'acide attaquera les parties du métal ainsi mises à jour lorsque le graveur plongera la plaque dans le bain d'acide. Le temps d'immersion détermine la profondeur des creux et donc l'intensité des traits lors du tirage sur papier.
Le graveur rince ensuite la plaque de métal à l'eau claire, retire le vernis et effectue l'encrage et l'impression de maniére classique. La premiére réalisation à l'eau-forte fut l'œuvre du suisse Urs Graf en 1513. Jacques Callot introduit cette technique en France au début du XVIIéme siécle et lui insuffle de nouvelles inspirations. Durant ce siécle, Rembrandt laissa son génie s'exprimer aussi bien dans le domaine pictural que dans celui de la gravure à l'eau-forte. Rembrandt s'adonna avec tout autant de brio à la gravure à la pointe séche, ses œuvres faisant de lui le plus grand graveur du XVIIéme siécle. De nombreux peintres célébres se sont essayés à l'eau-forte du XVIIéme siécle à nos jours: Pieter Bruegel, Lorrain, Whistler, Manet, Pissaro, Degas et, plus récemment Mir�, Matisse, Picasso, Hopper et Marc Chagall, aquafortiste et lithographe trés prolifique à partir de 1920.
Une kyrielle d'applications
La gravure au burin, à la pointe séche et à l'eau-forte sont certes les techniques de taille-douce les plus connues, mais de nombreuses autres variantes ont été développées au cours des siécles. On pense notamment à l'aquatinte, dérivée de la gravure à l'eau-forte, et qui consiste à recouvrir la plaque d'une couche de résine et à faire chauffer la poudre de résine pour qu'elle se fixe au métal et le protége lors de l'immersion dans l'acide. A la différence de l'eau-forte, on ne va pas tracer des traits pour les faire mordre par l'acide mais concevoir une couche de protection poreuse qui, sous l'action de l'acide, va produire un grain : seul le métal mis à nu entre les grains de résine est mordu par l'acide. Les surfaces devant rester blanches à l'impression sont réservées à l'aide d'un vernis dur appliqué au pinceau, et ce avant de plonger la plaque dans l'acide.
Cette technique apparue au XVIIIéme siécle et utilisée entre autres par Francisco Goya vise à obtenir des gammes de teintes variées et des effets comparables au lavis. Hormis l'aquatinte, on peut citer la maniére noire, également appelée mezzotinto. Il s'agit là de dépolir la plaque de métal avec un berceau - outil à lame courbe finement dentelé - pour lui conférer un grain rugueux. Le graveur va ensuite, à l�aide d'un brunissoir, polir certaines aspérités de la surface pour qu'elles retiennent moins l'encre. La maniére noire permet donc de réaliser des dégradés subtils allant du noir profond au blanc.
Les outils
Les adeptes de la taille-douce utilisent quant à eux le burin, un outil à la pointe d'acier en forme de carré ou de losange, une des extrémités étant taillée en biseau, à 45°, pour être tranchante. Le burin permet d'enlever un copeau de cuivre qu'on appelle la barbe et qui sera retirée avant l'impression. Le sillon qui va recevoir l'encre est ainsi formé. On attribue l'invention du burin au florentin Maso
Finiguerra au XVéme siécle. Albrecht Dürer fut un des plus illustres graveurs au burin. La pointe séche est un outil en acier trés affûté qui souléve une barbe abondante. Rembrandt fut un virtuose de la pointe séche.
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