De la fabrication artisanale à la machine à papier
Date : 2001 - Magazine 04 - Supports
La suprématie asiatique va connaître un véritable coup de Trafalgar: défaits par les Arabes lors de la bataille de Samarcande, en 750 après J.-C., les artisans papetiers Chinois sont faits prisonniers et se voient contraints de lever le voile d�un procédé de fabrication resté secret pendant plus de 1000 ans. Galvanisés par la conquête cette géniale invention, les vainqueurs diffusent le papier dans tout leur empire.
Cette étape fut décisive quant à l�accession du papier au continent européen. Durant 500 ans de culture musulmane, le papier parcourut le bassin méditerranéen pour finalement atteindre les portes de l�Espagne et de l�Italie.
à la fin du XIe siècle, les moulins à papier commencent à apparaître et Cordoue, Séville et évidemment Tolède, le haut lieu culturel européen de l�époque. à partir de 1250, ce sont les Italiens de Fabriano, près de Gènes, qui mettent en place les premières fabriques de papier. Ces premières papeteries se distinguent par l�utilisation de l�arbre à cames, du moteur hydraulique et de la forme mécanique.
Nullement frappée d�ostracisme - malgré la �lenteur� du papier à franchir les Alpes et les Pyrénées -, la France va profiter de cette progression effrénée et un premier moulin à papier va être installé à Troyes en1348. D�autres moulins voient le jour à Essonnes (1354) puis à Saint Cloud (1376).
La découverte de l�imprimerie par Gutenberg vers 1450 va donner une impulsion décisive à l�essor du papier sur le continent européen. Porté au pinacle, il devient le support par excellence de la culture occidentale.
La progression irrésistible des techniques de fabrication du papier va mener à l�invention de la première machine à papier en continu en 1799. Louis-Nicolas Robert, alors employé de la papeterie d�Essonnes, fut l�instigateur de cette avancée merveilleuse. Il lança l�idée d�une machine gérée par des ouvriers pour fabriquer le papier en continu. Louis-Nicolas Robert réussit à obtenir l�aval du gouvernement et un brevet le 18 janvier 1799. Le papier n�est désormais plus fabriqué manuellement feuille par feuille mais en bobine. Le succès de la machine de Louis Nicolas Robert est immédiat et retentissant. Son principe extrêmement simple est celui utilisé aujourd�hui par toutes les papeteries traditionnelles: la pâte à papier est versée dans une grande cuve; une roue à écopes l�amène ensuite vers une toile métallique constamment en rotation et où la pâte est égouttée; la feuille en formation passe alors entre des cylindres garnis de feutres puis s�enroule sur des bobines se trouvant au bout de la machine. Les étapes de fabrication à la main ont été reprises et entièrement mécanisées. Au début du XIXe siècle, la machine est copiée par les papetiers d�Europe et des Etats-Unis. Une nouvelle ère � la fabrication industrielle du papier � vient de s�ouvrir. Le papier peut à présent être produit en grande quantité et devenir beaucoup plus rentable. On distingue actuellement deux types de machines à papier: la machine à forme ronde et la machine à table plate. Nous allons découvrir ces deux modes de fabrication à travers deux reportages. Le premier nous permettra de découvrir, au coeur des Pays-Bas, la papeterie Schut (récemment rachetée par Clairefontaine) et le second nous conduira dans la prestigieuse papeterie Arches � célèbre pour son fabuleux papier aquarelle.
La machine à papier à table plate
La machine à table plate a succédé, dans le courant du XIXe siècle, à la machine à papier en continu de Louis Nicolas Robert. Le principe de fonctionnement demeure toutefois inchangé: cette nouvelle machine intègre également une toile métallique et des cylindres sécheurs. L�encollage du papier dans la masse ou en surface, l�augmentation significative de la cadence de production et l�utilisation de l�électricité sont les progrès majeurs qui ont marqué cette transition. Elle se compose de 5 sections: la caisse de tête, dans laquelle on introduit le mélange de pâte et d�eau, la table de formation, composée d�une toile métallique pour l�égouttage, la section de presse, où la feuille est comprimée entre des cylindres, la sécherie, composée de gros cylindres chauffés à la vapeur, et enfin le système d�enroulage qui constitue la bobine de papier.
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