Da Vinci une constellation de pinceaux
Date : 05/2004 - Magazine 09 - Rubrique Peinture
La fabrique de pinceaux da Vinci est créée en 1888 à Nuremberg (Baviére, Allemagne). L'atelier compte 30 employés de la fin du XIXe au milieu du XXe siécle et sa fabrication artisanale connaît trés vite un grand succés, même hors des frontiéres : pays scandinaves, Pays-Bas, Italie et U.R.S.S. La qualité des pinceaux Da Vinci est aujourd'hui trés prisée par les artistes et créatifs de toute l'Europe.
Hansfried Defet rachéte l'entreprise en 1945, ce qui marque un tournant artistique dans cette entreprise de tradition ancestrale. En effet, il concentre ses activités autour du pinceau pour artistes. Les équipes de l'atelier sont formées spécialement à l'élaboration de pinceaux en poils fins et de brosses en soies de porc. Son épouse Marianne Defet apporte à partir de 1950 une touche graphique décisive pour promouvoir Da Vinci, qui devient une marque déposée au niveau national et international. Le pinceau Maestro, fleuron de Da Vinci et véritable référence des pinceaux pour aquarelle en poils de martre Kolinsky, est lancé en 1952. Il suscite un engouement sans précédent chez les artistes, les graphistes et les designers.

Le pinceau en poils synthétiques Nova est introduit en 1976 et séduit toute l'Europe depuis lors. Une innovation trés ingénieuse, mêlant poils naturels et poils synthétiques est matérialisée en 1990 avec le pinceau Cosmotop. Da Vinci emploie alors plus de 80 personnes et fait réguliérement profiter les artistes de ses progrés techniques et de sa vision avant-gardiste - toujours empreinte de la tradition et de la qualité de fabrication qui ont fait sa force - au cours des années 1990 et 2000 avec une multitude de nouvelles séries : Top Acryl, Forte et Impasto entre autres. Fort d'un immense savoir-faire artisanal, Da Vinci est depuis plus d'un siécle à l'écoute des artistes et leur procure un plaisir de création indicible. Ses pinceaux pour artistes font aujourd'hui le bonheur des créatifs dans plus de 50 pays.
La fabrication du pinceau : un véritable travail d'orfévre
Les poils naturels du pinceau Cosmotop sont au cœur du pinceau pour une parfaite absorption et les poils synthétiques constituent la pointe visible, leur souplesse et leur élasticité permettant une application agréable et une bonne répartition de la peinture. Le processus de fabrication de ce pinceau innovant est artisanal et requiert une minutie et une dextérité sans faille. Chaque étape de ce travail revêt une importance fondamentale pour concevoir un pinceau qui satisfera les artistes les plus exigeants.
1. Préparation du poil
Les poils doivent être soigneusement préparés avant que ne débute l'élaboration du pinceau.
Cette phase consiste à sélectionner les poils naturels, les assouplir et les nettoyer en les plongeant dans l'eau tiéde car ils sont intrinséquement trés gras. La touffe de poils, aprés un séchage de plusieurs heures, est peignée afin d'éliminer les poils trop courts, trop longs ou à l'envers (racine en haut, pointe en bas), puis placée, pointes vers le bas, dans un moule en laiton, qui est tapoté jusqu'à ce que toutes les pointes touchent le fond et que l'ensemble soit homogéne.
La touffe de poil ainsi préparée est reliée en botte avec un fil. Tous les poils doivent être dans le même sens, à savoir racine en bas et pointe en haut, la racine du poil étant la partie la plus claire et la plus épaisse. Les poils à l'envers ou d'une mauvaise longueur et qui auraient échappé au premier contrôle sont retirés et la botte, qui est alors prête pour la suite de la fabrication.
2. Définir la bonne quantité de poils pour la pointe
L'étape décisive de préparation des poils va permettre à Mme Scharf, la spécialiste pinceliére de Da Vinci, de travailler directement avec les bottes de poils entreposées. La botte est étalée et la spécialiste la divise, avec une précision impressionnante, en portions destinées chacune à constituer une pointe de pinceau. Les mains doivent être parfaitement séches pour cette opération, les poils étant trés fins et sensibles.
3. Mettre en forme la pointe du pinceau
à l'aide d'un moule conique en laiton à fond arrondi, la pinceliére va commencer à former la pointe du pinceau. Elle y place les poils, tête en bas, et tapote le moule jusqu'à obtenir une répartition homogéne. Une fois les poils bien placés dans ce moule, Mme Scharf les noue avec un fil. La forme du pinceau apparaît pour la premiére fois entre ses doigts.
4. La mise en virole
Tout en veillant à la parfaite régularité de la touffe de poils, il s'agit à présent d'insérer la pointe dans la virole. La rapidité et la précision de ce mouvement virevoltant sont stupéfiantes. On mesure la difficulté de ce véritable "tour de passe-passe" en s'y essayant. L'adresse redoutable de Mme Scharf fait mouche en à peine une seconde. La longueur de poils visible est mesurée et doit, pour un pinceau de qualité, être égale à celle qui se trouve dans la virole. La fabrication d'un pinceau plat ou éventail différe à l'issue de la mise en virole. A ce moment, une pince est utilisée pour aplatir l'extrémité de la virole et former la pointe. Le pinceau plat est donc un pinceau à pointe ronde au départ.
5. Contrôle minutieux de la pointe
La pointe est examinée et testée. Ce contrôle intermédiaire vise à repérer d'éventuelles imperfections et vérifier la régularité des poils, qu'ils soient secs ou humides. Les poils indésirables sont retirés à l'aide d'un petit couteau.
6. Collage des poils
Les poils sont fixés dans la virole avec une colle spéciale. On verse cette colle dans la virole afin qu'elle imprégne les poils et les fixe parfaitement, et on place les pointes dans une étuve à 60 °C pour une phase de séchage qui dure 24 heures.
7. Confection et marquage du manche
Le manche en bois qui compose le pinceau Cosmotop Mix B série 5530 présente 2 spécificités : sa forme hexagonale et sa magnifique couleur bleue. Le bois est effectivement poli afin de présenter sur sa partie la plus épaisse 6 zones plates, à peine visibles, qui améliorent le confort de l'artiste lorsqu'il tient le pinceau et évite qu'il ne roule lorsqu'il le pose. La couleur bleue est celle du vernis dans lequel on a trempé le manche (5 couches d'enduction). Le marquage s'effectue par tampon à chaud.
8. La mise en place du manche: le sertissage
Une fois poli, verni et marqué, le manche est inséré dans la virole, dont on a enduit les parois internes de colle, et serti. Elément indispensable pour l'équilibre du pinceau, la manche est en fait un contrepoids. Il confére également une sensualité au pinceau et assure sa bonne prise en main par l'artiste. Le pinceau est à présent au grand complet.
9. L'application de la gomme arabique
La pointe du pinceau est une nouvelle fois passée au crible pour éliminer les derniers poils "rebelles", qui dépassent ou n'ont pas été collés. Elle est ensuite plongée dans une solution de gomme arabique (le liant des aquarelles et de quelques gouaches), ce qui la protégera lors du transport. 3 à 4 jours de séchage sont nécessaires à ce stade.
10. Le conditionnement
Le capuchon de protection est ensuite placé et les pinceaux soigneusement emballés. Le pinceau peut maintenant s'imprégner de votre inspiration et sublimer vos créations.
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